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Une médiatrice témoigne d'une médiation collective entre deux entreprises

Myriam Bacqué est médiatrice à plein temps depuis 2007. Elle est médiatrice généraliste, avec une orientation marquée, toutefois, pour l'entreprise. Elle dirige également la Maison de la Communication, centre de médiation à La Rochelle

Quelle était la demande d’entrée en médiation ?
Deux présidents de CODIR m'ont saisie conjointement pour que nous tentions d'organiser une médiation entre les équipes en conflit des deux entités co-contractantes qu'ils président. Face aux dysfonctionnements récurrents et aux tensions persistantes, les Présidents qui étaient dans une impasse totale, n'ayant pas réussi à apaiser les différends malgré tous leurs efforts conjugués, allaient mettre fin à leur contrat de collaboration croisée. Or, l'un d'entre eux avait lu dans le journal Sud-Ouest un article sur la médiation et sur notre centre. Il a eu alors l'idée de proposer la médiation à l'autre partie qui l'a acceptée. Nous avions donc la chance de disposer d'une saisine conjointe de médiation. Cela m'a permis de recevoir les deux présidents ensemble en entretien d'information pour comprendre leurs besoins et attentes, puis d'imaginer la meilleure stratégie possible pour cette médiation complexe.
La demande a-t-elle évolué en cours de médiation ?
Oui, la demande a évolué. Au départ, les prescripteurs de la médiation, les deux présidents, souhaitaient simplement tenter une médiation entre les deux directions dont les relations étaient exécrables, ce qui bloquaient l'exécution de leur convention et le possible renouvellement de cette dernière. Finalement, j'ai choisi de mener cette médiation en co-médiation compte tenu de la complexité et de la multiplicité des problèmes à résoudre. Après des entretiens séparés avec toutes les personnes concernées, nous avons organisé une demi-journée de travail collaboratif entre les deux CODIR élargis, selon un processus structuré de questionnements animés par les médiateurs. A la fin de cette demi-journée de libération de la parole, les Présidents des deux entités ont pu rejoindre les deux équipes réunies et un vote à bulletin secret est intervenu, en leur présence, pour savoir s'il était opportun de poursuivre la médiation pour co-créer une nouvelle convention de partenariat ou bien d'acter qu'il valait mieux que chacun se sépare sans s'entretuer, la médiation consistant alors à les aider à séparer leurs intérêts. Le vote a été majoritairement positif pour poursuivre la relation et co-construire une nouvelle convention. Nous avions donc débuté par une première séance de médiation organisationnelle. Puis, les médiateurs ont réalisé deux médiations inter-personnelles entre les deux directeurs pour éliminer toutes les tensions personnelles et difficultés de communication qui bloquaient toute collaboration. Ces médiations inter-personnelles ont permis de rétablir la confiance et une saine communication entre les dirigeants. A ce stade de la médiation, la crise sanitaire a débuté et nous avons poursuivi par 6 réunions de médiation de projet, entre les deux CODIR restreints, en visioconférence. Nous étions vraiment dans l'accompagnement du nouveau projet de partenariat. Enfin, une fois déconfinés, nous avons pu réunir toutes les parties prenantes en présence des deux présidents pour signer l'accord de médiation qui prévoyait les modalités de la rédaction de la future convention de partenariat qui sera soumise aux instances de validation des eux entités, avant le 31 décembre 2020.
Comment vous êtes-vous sentie au cours de cette médiation ?
J'ai été particulièrement heureuse de pouvoir vivre une médiation d'une telle ampleur, avec des questions humaines très sensibles et des problèmes techniques lourds. La stratégie à adopter dans cette médiation était passionnante et j'ai beaucoup apprécié d'être en co-médiation car c'était clairement impossible de mener seule cette mission. Enfin, j'ai adoré expérimenter les séances de médiation en visioconférence pendant la crise sanitaire. Nous avancions selon un rythme excellent et avons su garder un bon rythme pour permettre aux deux CODIR d'avancer au mieux. Le cadre était vraiment structuré pour eux et, c'est en cela, que nous avons pu les amener jusqu'à la conception de leur nouveau partenariat. Ma satisfaction personnelle de médiatrice repose sur celle des médiés. Dans un premier temps, après les deux médiations interpersonnelles réussies, j'ai senti que l'atmosphère était plus détendue et que nous avions débloqué la question de la relation. C'était extrêmement gratifiant aussi de revoir nos deux présidents tellement heureux du résultat. Ils voulaient tant que le partenariat perdure mais n'y croyaient plus. Il savaient qu'en l'état, la convention passée était inopérante mais ne voyaient pas comment en faire naître une nouvelle et sur quelle base puisque la communication était dégradée, voire rompue et la confiance inexistante. Qu’avez-vous appris de cette médiation ? Quel souvenir en conservez-vous ?J'ai appris à mener avec dextérité des médiations en plénière en visioconférences et à mêler plusieurs formes de médiation dans une même affaire : médiation organisationnelle d'abord, puis médiations inter-personnelles et, enfin, médiation de projet. Quelle souplesse et quelle richesse offre la médiation !
Avez-vous un moment fort à nous raconter ?
Lorsque le vote est intervenu à bulletin secret dans mon bureau qui servait d'isoloir, je me disais que j'étais vraiment gonflée d'avoir proposé ce vote alors que je n'en avais pas parlé à mon co-médiateur préalablement. Toutefois, au cours de cet après-midi de médiation, je sentais qu'il nous fallait obtenir un "oui" massif de l'ensemble des deux CODIR élargis pour espérer aboutir dans ce dossier.
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