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Un médiateur, ancien avocat et juge de proximité témoigne

Forte de son expérience comme avocat et comme juge de proximité, Marie-Hélène Digue-Seiler estime que « laisser se développer un conflit, parfois attisé par les avocats, est absurde ».

Pourquoi vous êtes-vous tournée vers la médiation ?

Un jour dans un dossier alors que mon confrère et moi-même souhaitions nous rapprocher dans l'intérêt de nos clients, nous n'y sommes pas parvenus. J'ai eu le sentiment qu'il aurait fallu un tiers entre nous totalement neutre et dont le rôle ne soit aucunement intéressé à la défense d'une partie ou d'une autre pour avancer. J'ai ressenti la nécessité de me former à la médiation. J'ai trouvé dans la médiation, à titre professionnel aussi bien qu'à titre personnel, les réponses à nombre de mes questions et ai décidé de me consacrer entièrement et exclusivement au métier de médiateur. J'exerce à présent la médiation depuis plus de dix ans. Depuis que je suis à la retraite, il s'agit de mon activité exclusive. J’interviens dans tous les domaines, aussi bien judiciaires que conventionnels.

Pouvez-vous nous parler d’une situation de médiation qui vous a particulièrement marquée ?

Il s'agissait d'une demande de médiation familiale envoyée par une avocat pour sa cliente en grande détresse. La demande était très clairement de permettre une séparation provisoire très rapide. En fait tous les aspects du divorce ont pu être réglés en deux entretiens individuels et deux séances plénières avec un accord sur la séparation, les résidences, les enfants, le patrimoine mobilier et immobilier et les pensions. Au cours du déroulement de la médiation, j’étais extrêmement attentive à rester dans l'écoute et la demande des parties et à ne pas influer sur leurs propos et leurs échanges, d'autant que l'épouse parlait de maltraitance.

A l'issue des entretiens individuels, Monsieur ne voulant pas d'avocat, Madame a accepté de nous faire confiance et en accord avec son avocate, de venir seule en médiation. Sa demande était dans un premier temps de pouvoir quitter son mari et organiser la séparation au plus vite. La situation était très délicate et Monsieur ne croyait absolument pas à la possibilité d'un accord. Ma comédiatrice et moi avons senti qu'il ne fallait pas excéder leur demande et ne pas aller sur le terrain des émotions. Il s'est avéré effectivement que les deux parties parvenaient à se mettre d'accord pas à pas sur les thèmes concrets que nous avions définis ensemble uniquement parce que nous restions dans le factuel et ne débordions absolument pas de ce qu'ils pouvaient avoir à se dire. Des émotions ont surgi naturellement et des échanges ont eu lieu sur les ressentis et les besoins mais de manière succincte et tout en les accueillant, nous avons surtout veillé à ne pas les laisser se développer. C'était ce qui pouvait les aider le mieux. Leur accord au final était si concret, viable et convenu entre eux qu'il a pu être transformé tel quel en divorce par consentement mutuel.

Qu’avez-vous appris de cette médiation ? Quel souvenir en conservez-vous ?

Si en général la médiation consiste à faire entendre aux parties les ressentis de l'autre, j'ai compris que le plus important est de respecter aussi bien la demande qui est faite que les personnes elles-mêmes et d'être véritablement dans l'écoute de ce qui est dit. Et c'est en fonction de cela que la médiation doit être menée. C'est là que la confiance s'installe. Les personnes sentent qu'elles sont libres, se lâchent progressivement et vont peut-être pouvoir se parler sans que les mécanismes ou dérapages qui les bloquent habituellement se produisent. Dans le cas développé ci dessus, mon passé d'avocat a permis de traiter tous les points relatifs au divorce. Pourtant les deux principes de base, être vraiment à l'écoute et mettre les médiés en confiance, permettent de faire une bonne médiation même si le médiateur n'a pas une connaissance particulière du thème du conflit. Certes on peut se sentir plus à l'aise dans un domaine que l'on maîtrise, mais il est tout à fait étonnant de constater que, même lorsque l'on ignore tout des particularités d'un domaine, par exemple en matière administrative, la médiation peut parfaitement fonctionner. La médiation appartient aux médiés. Le médiateur est un passeur. Il dirige la médiation mais son avis et ses émotions doivent être extrêmement maîtrisées.

Avez-vous un moment fort de cette médiation à nous raconter ?

Cette médiation était extrêmement forte et tendue car il y avait beaucoup de souffrance de part et d'autre. Lorsque Madame qui, par son travail gagnait l'argent du ménage, a dit à son mari au chômage que c'était lui qui avait toujours géré les finances du couple et qu'elle lui faisait confiance sur les évaluations et les comptes qu'il pourrait faire, il a été manifestement très surpris et s'est trouvé en mesure d'entendre après cela les propositions de son épouse.

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